50 Nuances de chiens
Et oui… Même avec les chiens, les hommes ont des idées de jeux assez spéciaux…
Jeux de rôle
Certaines personnes s’amusent parfois à des jeux… particuliers… avec leurs chiens. Ces jeux nécessitent parfois des laisses de cuir, de la corde, des chaînes de métal et même des accessoires électroniques offrant divers niveaux de stimulations. Mais, au-delà de ces accessoires, qui semblent tout droit sorties d’un grand livre, ces jeux sont en fait des jeux de rôles.
C’est en voulant se faire appeler ‘’Maître’’ que ces personnes se considèrent dominant face à leur chien qu’ils veulent soumettre à leur volonté et à leur désir. À chacun ses plaisirs, mais dans tout jeu et dans toute relation, il faut s’assurer du consentement de l’autre, surtout lorsque cela implique l’utilisation de méthodes, un peu masochistes…
On veut être le dominant de nos chiens? Mais peuvent ils nous considérer comme étant le dominant, le chef ou l’Alpha? Un chien peut-il nous considérer comme étant son supérieur hiérarchique? Ou a-t-il seulement la notion même de hiérarchie?
La hiérarchie
Pour commencer, qu’est-ce que la hiérarchie?
La hiérarchie est un organigramme mathématique abstrait qui positionne des individus subordonnés et subalternes les uns par rapport aux autres en se basant sur des critères subjectif. L’humain a inventé la hiérarchie afin de structurer ses relations sociales. Les critères choisis pour déterminer la position hiérarchique sont choisis par l’humain.
La hiérarchie n’a pas été découverte, cela est un concept abstrait créé par l’homme, pour l’homme.
En sachant que la hiérarchie est un concept inventé par l’homme, il serait irrationnel de l’appliquer aux animaux. Ce serait l’équivalent de croire que les animaux ont une religion.
Mais alors, d’où viennent alors ces croyances de dominances, de chef de meute et de mâle alpha? C’est en 1947 que Robert Shenkel mentionne pour la première fois le concept de hiérarchie chez les loups en constatant un mâle alpha et des comportements de dominance et de soumissions dans ses observations. Quelques années plus tard David Mech continue les recherches sur les loups en continuant avec la croyance de dominance et hiérarchie. Il publie en 1970 un best seller traitant de la hiérarchie et du mâle alpha chez les loups. C’est quelques années plus tard qu’il se rétracte de lui-même en mentionnant s’être trompé sur certains points qu’il nuance davantage. Malheureusement, cette croyance avait déjà été tellement popularisée et avait tellement séduit la population que ce mythe persiste encore durement aujourd’hui.

Pour qu’un animal ait la notion de hiérarchie, il devrait être en mesure de se considérer lui-même comme étant un individu. Actuellement, les données scientifiques sur le sujet ne permettent pas de conclure que les chiens ont la capacité d’avoir conscience d’être conscient.
L’animal devrait ensuite être en mesure de se considérer et de se comparer aux autres individus autour. Il devrait s’accorder une valeur intrinsèque basée sur des critères subjectifs, et doit accorder une valeur aux autres individus, également basé sur des critères subjectifs. Un chien n’a pas la capacité d’extrapoler des concepts abstraits.
Cette valeur devrait servir à ce que l’animal soit en mesure de schématiser un organigramme hiérarchique en plaçant les individus subordonnées et subalternes, les uns par rapport aux autres. Cette schématisation mathématique est assez complexe, et basée sur des critères arbitraire. Les animaux n’ont pas cette capacité d’extrapolation mathématique.
Donc, l’animal, n’ayant pas la capacité de s’accorder à lui-même ou aux autres une valeur intrinsèque, ne peut pas positionner des individus dans un organigramme hiérarchique basé sur des valeurs qu’il ne peut pas conceptualiser, en plus de ne pas avoir la capacité d’extrapolation mathématique pour conceptualiser une hiérarchie.
Éthologie
En éthologie, le terme « hiérarchie » est encore utilisé, mais la définition est changé et ne correspond plus à la vrai signification de la hiérarchie, sois, un organigramme qui positionne des individus les uns par rapport aux autres. La hiérarchie est utilisé pour simplifier l’interprétation humaine des accès aux ressources chez les espèces animales observés. Un individus ayant accès à plus de ressources serait positionné plus haut dans la hiérarchie, et un individu ayant accès à moins de ressources serait inférieur dans la hiérarchie. Cette interprétation reste cependant strictement humaine, et ne doit pas être considéré comme applicable de façon consciente chez les animaux. Entre eux, les animaux ne basent pas leurs interactions sur un modèle hiérarchique. L’accès aux ressources est établi en fonction de la capacité de l’animal à avoir accès à ces ressources, la motivation de l’animal, ses apprentissages et son tempérament. En aucun cas, l’utilisation de capacité cognitives, nécessitant de comprendre des concepts abstraits et mathématique, n’est utilisé chez les animaux.
La dominance
Le chercheur même qui a popularisé le concept de hiérarchie, de dominance et de mâle alpha chez le loup s’est rétracté, mais pourquoi alors lorsque l’on tente de ‘’dominer’’ notre chien, il se soumet à nous? Et pourquoi notre chien domine d’autres chiens? Cela doit bien exister si ça fonctionne et qu’on en est témoins?
Nous avons appris durant longtemps que nous devions dominer notre chien, lui montrer que nous sommes le chef et qu’il doit nous obéir. Marcher au pied, manger après nous, ne pas monter sur le divan, ne pas sortir par la porte en premier, ne pas grogner, etc. Parce que, bien sûr, un chien qui reconnaît son ‘’maître’’ supérieur fait ces choses en signe de soumission à son autorité hiérarchique… Le problème est que toutes ces situations sont des critères choisis par l’homme sans but précis autre que de se donner une illusion de supériorité face au chien. Le chien n’a aucune notion de hiérarchie, même naturellement, comment donc pourrait-il en avoir une envers nous, surtout pour des critères choisis de façon arbitraire qui, en réalité, ne font aucun sens? Le chien ne se considère ni supérieur à nous, ni inférieur, ni même égal, en fait, le chien ne se considère tout simplement pas par rapport à nous d’un point de vue hiérarchique, il est tout simplement en relation avec nous.
Et oui, même entre chien, il n’y a pas de dominance. Mais pourquoi alors, si la dominance n’existe pas, je vois que mon chien est dominant avec les autres et les autres savent clairement qu’ils doivent se soumettre face à mon chien?
Voici une situation hypothétique entre deux chiens pour expliquer simplement comment les interactions sociales fonctionnent.
Dingo est en train de gruger un bon gros os qu’il adore, mais, Pluto voit l’os que Dingo gruge et a alors envie d’avoir accès à cet os pour le gruger. Pluto avance vers Dingo en grognant, en bombant le torse, les oreilles bien tendues vers l’avant, la salive qui coule sur le sol, il fixe Dingo droit dans les yeux en s’approchant et en se positionnant au-dessus de lui. Dingo veut garder son os, il se positionne donc au-dessus de son os en commençant à gronder, mais Pluto est intimidant et Dingo en a peur. Dingo se recroqueville lentement, il détourne la tête face à Pluto tout en gardant un léger contact visuel du coin de l’œil. Après quelques secondes d’insistances, Dingo à trop peur et ne veut pas tenter une altercation avec Pluto qui semble trop imposant, Dingo se retire donc lentement, laissant Pluto avoir accès à l’os qu’il avait. Quelques jours plus tard, Dingo gruge encore un os et Pluto arrive dans la même pièce, Dingo se lève, laisse l’os au sol et s’éloigne avant même que Pluto ne démontre un seul intérêt pour l’os.
On pourrait facilement penser que dans cette situation, Pluto est le dominant, le mâle alpha, le supérieur hiérarchique, le chef de meute, et que Dingo est le soumi. Pluto aurait supposément montré sa supériorité à Dingo, et Dingo aurait accepté cette supériorité. Mais si l’on analyse la situation de façon plus rationnelle, on peut conclure que Pluto voulait vraiment avoir accès à cet os, et que la meilleure façon d’y parvenir était de faire peur à Dingo en s’imposant de tout son corps et de son grognement. Il est assez normal d’avoir peur lorsqu’un autre chien s’avance ainsi vers nous, et donc, il est normal de se recroqueviller par peur et finalement céder, à moins de vouloir risquer une altercation violente.

Cesar Milan qui tente de « dominer » un chien
Ce que l’on peut croire comme étant de la soumission, est généralement tout simplement de la peur… La majorité des dresseurs (comme Cesar Millan) qui pensent dominer un chien pour le soumettre ne font que faire peur au chien et génèrent de l’impuissance acquise. L’on confond cela ensuite avec de la docilité chez le chien. On croit que c’est un chien bien “dressé” car il ne fait absolument rien sauf si on lui ordonne. Mais en réalité, cela représente souvent des chiens qui ont tellement été inhibés qu’ils ont peur de produire des comportements. Ils anticipent les coups d’étrangleurs, le coup dans les côtes, la prise du museau, se faire retourner sur le côté et maintenir au sol, le choc du collier électrostatique, bref, tous les outils et méthodes qui ont supposément pour but de montrer au chien qui domine.
50 Nuances
Tenter de dominer son chien consiste à lui faire peur, ou parfois même, à lui infliger des désagréments par des outils aversifs. Le chien ne comprendra jamais que l’on veut être son mâle alpha, son chef, son Mr. Grey. Il aura simplement peur de l’instant ou il risquera de recevoir un désagrément de notre part. Mais il cherchera tout de même à profiter de chaque instant de bonheur possible en l’absence de désagrément. Les chiens ont un niveau de résilience tellement élevé, qu’on peut pratiquement leur infliger toutes les souffrances inimaginables, ils reviendront quand même vers nous pour profiter du minimum d’agrément que nous pourrions leur offrir.
Jouer à 50 Shades avec nos chiens n’est pas consensuel. L’utilisation d’outils de dressages tels que des colliers étrangleurs, des colliers électriques, des colliers à pics, etc. ne sont pas agréables pour le chien et cela ne fera pas de nous un dominant. Il n’est jamais justifié d’utiliser ce genre d’outils et méthodes, et si l’on tente de justifier cela sur le mythe de chef de meute, de dominant ou d’alpha, c’est le moment de fuir.
Les chiens sont intelligents, ils ont beaucoup de motivations et ils aiment apprendre, c’est à nous de trouver les bonnes motivations afin que nos chiens répondent volontairement à nos demandes, et ce, de façon agréable.
“Éduquons avec intelligence et non avec dominance.”

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